Le pouvoir de l'écriture

J’ai le sentiment, et j’ai pu entendre d’autre le dire aussi, qu’écrire permet de clarifier et préciser sa pensée. Est-ce que c’est propre à l’action de transcrire notre pensée orale vers une pensée écrite ? Ou est-ce qu’on pourrait faire de même en travaillant un concept en profondeur dans sa tête (mais simplement l’écriture favoriserait naturellement le travail en profondeur) ?

Aujourd’hui j’aime écrire et je sais que ça m’apporte beaucoup pour préciser ma pensée mais quand j’étais un peu plus jeune je pensais (sans trop d’arguments mais parce que l’idée me plaisait) que pour mieux penser il fallait être capable de tout penser dans sa tête. En effet si on avait besoin d’écrire c’est que notre pensée n’était pas assez comprise/intériorisée.

Je ne retirerai pas tout de cette idée, je dirais qu’il faut écrire pour construire sa pensée et parler pour la « finaliser » (pour vérifier si on l’a bien construite par exemple)

C’est une question que je contemple depuis quelques temps. J’en avais discuté avec @Prometheus entre autres. Pour moi ça va au delà de la clarification et de la précision. C’est de l’ordre de la révélation. Mais l’origine du pouvoir de l’écriture me reste assez mystérieuse. D’un point de vue évolutif notamment ça ne fait pas sens que ce soit aussi puissant.

Théoriquement peut-être qu’on pourrait faire la même chose dans sa tête. Mais dans la pratique ça me semble impossible, car l’écriture permet de maintenir les idées au delà de nos capacités de mémoire à cour terme.

Mais j’ai l’impression qu’il y a autre chose comme une sorte de signal qui est envoyé par l’écriture et qui affecte nos dynamiques cognitives intérieures.
Et c’est ça qui ne fait pas sens d’un point de vue évolutif

Pour ton idée de jeunesse, j’ai tendance à penser un peu l’inverse. Tant qu’on n’a pas écrit notre pensée on a seulement l’illusion de la maîtriser. Et quand on essaye de l’écrire ça devient évident de voir nos failles de maîtrise. Et c’est peut-être ça, cette confrontation avec nos « trous », qui crée un effet moteur sur le développement.

C’est une question que je contemple depuis quelques temps. J’en avais discuté avec @Prometheus entre autres. Pour moi ça va au delà de la clarification et de la précision. C’est de l’ordre de la révélation. Mais l’origine du pouvoir de l’écriture me reste assez mystérieuse. D’un point de vue évolutif notamment ça ne fait pas sens que ce soit aussi puissant.

@Bertrand C’est en partie pour l’absence d’explication évolutive que j’avais voulu croire dans l’idée qu’on pourrait se passer totalement de l’écriture

Si je ne dis pas de bêtises Socrates était en mode full oral

Effectivement aha, peut-être qu’on peut en déduire qu’il disait que des conneries du coup, et que c’est Platon qui a tout inventé :upside_down_face::innocent:

Je ne retirerai pas tout de cette idée, je dirais qu’il faut écrire pour construire sa pensée et parler pour la « finaliser » (pour vérifier si on l’a bien construite par exemple)

@DocDoc Après je rajouterai quand même que parfois on a écrit quelque chose, cela nous semble relativement clair à l’écrit et à l’inverse c’est lorsqu’on doit faire une explication orale qu’on manque de fluidité car la compréhension n’est pas assez inscrite en nous.

J’ai par expérience acquis cette « croyance » (peut-être totalement erronée) que j’ai réellement compris (contenir en soi) un exercice de maths lorsque je suis capable de me l’expliquer sans avoir besoin de poser des calculs, des schémas etc. Donc en gardant ces schémas dans ma tête.

Dans le sens littéral de com-prendre ouais. Après quand tu as un insight passager ça reste une forme de compréhension, juste qu’elle est très volatile. D’ailleurs c’est assez lié à ce dont on parlait sur la potentialisation.

En fait je ne sais pas si l’écriture a réellement un pouvoir de perception (au delà de l’avantage pour la mémoire court terme). Est-ce que ce n’est pas juste que lorsqu’on écrit on est forcé de « tout » dire, de trouver ses mots etc. alors que quand on se parle à soi même on passe rapidement sur certaines idées sans formuler précisément.

C’est pas tellement le pouvoir de perception qui m’intrigue perso, plus le pouvoir sur les dynamiques de pensées qui suivent l’écriture.

C’est à dire ?

Ça débloque des choses quand tu penses tout seul après, « spontanément ». Comme si ça focalisait le subconscient sur ce qui gravite autour des idées qu’on a écrit, et que les idées écrites s’enracinaient beaucoup plus et produisaient beaucoup plus de germes

D’accord je vois, c’est un peu ce que je voulais dire par perception, c’est à dire que par exemple si je lis tes textes, sauf si c’est directement relié à une idée que je travaille en ce moment, je retiens peu de chose en fait, ça génère un peu de réflexion chez moi parce que c’est des sujets qui m’intéressent mais sinon je peux tout à faire oublier le lendemain. Alors que si j’écris un résumé personnel de ton texte j’ai d’une part le sentiment de mieux comprendre et effectivement ça va générer beaucoup plus d’idées. Mais je me demande si ça ne serait pas identique si je me faisais un résumé oral, résumé que je raffinerais jusqu’à par exemple pouvoir me l’expliquer d’une traite sans bégayer et sans l’aide de notes. Et d’ailleurs est-ce que je ne retiendrai pas encore mieux ? Car c’est du « par coeur ». Quand on écrit un texte on oublie relativement vite alors que quand on apprend un discours à réciter par coeur ça reste bien plus longtemps.

En théorie peut-être mais en pratique c’est trop difficile de faire la même chose que l’écriture sans l’écriture

Mais du coup ouais peut-être qu’il n’y a rien de qualitativement spécial à propos de l’écriture. Après peut-être que l’engagement moteur déclenche un signal de pertinence en plus de l’attention donnée aux idées.