Peut-on ouvrir/fermer son esprit volontairement?

J’ai relu les épisodes 228 et 229 sur l’ouverture d’esprit et ça a soulevé une interrogation. Tu expliques très bien les relations entre l’ouverture d’esprit et le stress, les avantages/inconvénients court terme et long terme etc. Mais je ne suis pas sûr de comprendre ce qui crée ou fonde la croyance/la fermeture d’esprit. Est-ce que t’ayant lu on peut se dire « tiens je suis stressé actuellement go se fermer l’esprit un peu et croire fermement que ce que je fais actuellement est le meilleur chemin » ou est-ce que c’est beaucoup plus déterministe comme concept ?

Par déterministe tu veux dire statique/fixe ? Si oui alors clairement non. L’ouverture est clairement modulée par notre activité et par notre environnement (les informations qui nous arrivent).

Par déterministe je veux dire indépendant du libre arbitre/de la volonté. Est-ce que par exemple je peux choisir de croire en une théorie du complot ?

Je sais pas. Ça se fait plutôt indirectement. L’incertitude qui fait pression et engrange la recherche de certitude. Le stress qui s’accumule et qui fait pression et engrange la recherche de sécurité idéologique. Les croyances sont rarement détachées du reste

Par contre je pense qu’on peut se verrouiller sur des choses auxquelles on a déjà tendance à croire, mais qui sont potentiellement en conflit avec d’autres parties de nous.

Il me semble que j’en parle plus dans les épisodes 248 et 249 (la suite des épisodes 228 et 229).

Est-ce qu’on ne peut pas croire dans ses propres mensonges par exemple ? À la base on sait que c’est faux mais à force d’y croire, de les répéter on y croit et on bénéficie (ou le contraire) des conséquences psychologiques qu’ils impliquent

Clairement. L’infrastructure de notre cerveau est taillée pour toutes formes de délusions. Donc avec le temps ça devient difficile de dissocier les réalités passées des fabulations passées.

Du coup on peut aussi s’auto formater pour croire dans certaines choses type cause à effet (parce que dans le cas du mensonge c’est vis à vis de notre passé)? Est-ce que je peux me formater à croire que dire « T’choupi » trois fois par jour va augmenter les chances de succès de mon entreprise ?

Je pense que tu peux te conditionner à créer une sorte de superstition. Y croire au delà de la superstition non, car c’est pas suffisamment cohérent avec ton paradigme existentiel. Mais si ton paradigme existentiel était plus simpliste je pense que oui. C’est grosso-modo comme ça que tous les New-Agers croient à leurs pratiques bullshit.
Comme par exemple croire qu’un caillou va nous aider à réussir

Je vois ce que tu veux dire. En gros on peut choisir, au sein de notre paradigme existentiel, de ne pas remettre en question/d’instaurer des croyances sur des choses compatibles avec les autres croyances/convictions du paradigme mais on ne pourra pas instaurer profondément une croyance dissonante avec le reste du paradigme ?

Ouais. Autrement dit tu dois croire à la croyance et non juste essayer d’y croire.

Vis à vis l’ouverture d’esprit on peut travailler de façon ouverte ou fermée. Certaines personnes sont très efficaces car finalement très fermées à des possibilités/des idées originales, ce qui à la fois fait leur force mais aussi leur faiblesse. Car à toujours privilégier ce qui fonctionne à coup sûr on tourne assez rapidement en circuit fermé. J’ai le sentiment avec ce que tu écris ici et sur tes articles que tu fonctionnes la plupart du temps en mode « ouverture d’esprit ». C’est à dire plutôt en mode qualitatif que quantitatif si je simplifie. Est-ce que c’est pour toi le « meilleur » mode lorsqu’on a pas d’échéances particulières ou est-ce qu’il faut plutôt alterner ? Par exemple si je m’entraîne à coder je peux soit me dire que je vais coder x programmes le plus vite possible vis à vis de mes connaissances actuelles (donc avec tous un tas de défauts d’optimisation, de structure etc.) ou alors que je vais coder un seul programme mais y réfléchir longtemps et en profondeur ce qui va changer profondément ma conception de la programmation.

Sachant que je fais une distinction binaire entre ouverture/fermeture (ou encore qualitatif/quantitatif) mais évidemment c’est très continu et relatif. Est-ce qu’une tendance est mieux qu’une autre ou est-ce qu’il n’y a pas une vertu à parfois générer « sans réfléchir » une grosse quantité de contenu ?

Je pense par exemple aux échecs. Les champions sont capable de réfléchir pendant des heures à des positions de parties (les leurs ou celles de grands maîtres) mais ils s’entraînent aussi en faisant des parties blitz ou bullet (entre 1-10’ pour chaque joueur, parfois même 30’’) qui se basent essentiellement sur certaines compétences, certains patterns bien rodés.

Je dirais plutôt que je m’ouvre et je ferme en « batching ». En gros j’ai des périodes où je suis très ouvert et dispersé et des périodes où je focus à fond sur un truc pour le développer. Les intérêts et les besoins ne sont pas les mêmes.

Pour le programme en général un programme est un ensemble de sous-programmes donc la question ne se pose pas. Si tu parles d’algorithme c’est différent. Perso j’ai appris la plupart de mes compétences en progra en me lançant dans des projets assez abstraits et en me confrontant avec la mise en oeuvre.

Ce que je voulais dire pour la programmation c’est qu’il y a une question de raffinage. Je peux coder comme ça me vient ou alors essayer d’optimiser. Dans le premier cas c’est du quantitatif qui est possible grâce à une certaine fermeture et dans le second j’ai du qualitatif possible grâce à de l’ouverture.

Je ne sais pas si on parle de la même chose. Est-ce que par exemple tu te forces à générer X pages qui traitent un sujet en un certain temps ? Ce qui fait que tu es obligé d’écrire, tu n’as pas forcément le temps de retravailler la structure, de douter de chaque étape de ton raisonnement etc.

« Less is more ». Souvent la contrainte te rend plus créatif et te permet de moins procrastiner.

Quand tu es en mode « flow », tu n’es pas forcément en « ouverture » comme tu suis un « chemin tracé », tu es un peu en mode « auto-pilote » plutôt que dans un état tendu, c’est l’état le plus propice à l’émergence d’idées nouvelles et de manifestation de créativité, c’est ce qui permet d’exprimer du qualitatif, le quantitatif se faisant plutôt en état de stress et forcé.
Donc il faut être à la fois en lâcher prise mais aussi pro-actif et avoir un fil directeur / drive, c’est un peu paradoxal.

La contrainte temporelle est un bon moyen de déclencher le flow si elle n’est pas trop forte et que tu es dans le bon état (santé, sommeil, fitness, etc) pour l’exprimer.

Trop « d’ouverture » te met dans un état de torpeur, de confusion ou de stress où au final tu ne fais pas vraiment grand chose, il n’y a pas grand chose qui émerge (t’es un peu dans l’équivalent du « freeze » du stress), parce que tu n’es activé par aucune énergie ou instinct en particulier.

Cela dit, je pense que c’est utile de se faire fréquemment des séances de contemplation « meta », brainstormer à propos d’activités et méthodes (exemple la programmation) pour réfléchir purement à leur optimisation.
C’est vraiment en te questionnant à propos des choses que tu vas mieux les comprendre, peu de personnes prennent le temps de faire ce travail. Si tu veux, la plupart des personnes se concentrent sur le « quoi », mais rarement sur le « pourquoi », le « comment », et des objectifs. Ils ne ré-évaluent pas les choses.

Enfin, c’est surtout en étant confronté au « terrain » que tu vas recevoir plus facilement des idées, tu vas avoir du feedback te permettant de modifier tes inputs.

@DocDoc Ah oui j’avais pas pigé dans ce sens là. Je le fais beaucoup ouais. J’appelle ça l’ouverture itérative. Quand tu es ouvert à retravailler, restructurer et améliorer ce qui est déjà censé être une version finie pour produire une nouvelle version. Je la cultive même avec mon système d’écriture étant donné que j’attends longtemps avant de publier quelque chose. Un peu comme si j’avais un effet Zeigarnik étendu. Après je ne dirais pas que je la cherche. J’y suis juste ouvert quand j’entrevois quelque chose en plus ou à améliorer étant donné ce que j’ai accumulé entre temps. Mais certaines personnes sont clairement fermées à cette ouverture itérative, une fois qu’un projet est fini et livré elles n’y retouchent plus jamais.