Se détacher du succès pour mieux réussir?

Est-ce que par dualité si on est patient, donc optimiste indépendamment des résultats négatifs ça ne veut pas aussi dire qu’on se détache des résultats positifs ?
Ce que je veux dire c’est que il y a des choses pour lesquelles au début j’étais très patient, avec un mental très stable même dans la défaite. À force j’ai commencé à gagner et je me suis attaché/identifié au fait de gagner (c’était vachement plus agréable que de perdre aha) et ensuite lorsque j’ai monté d’un niveau l’exigence je n’étais plus du tout patient, plus du tout prêt à faire des erreurs.
Tu en parles notamment pour les adultes qui sont justement plus impatients que les enfants souvent

Je sais pas si c’est nécessaire mais oui c’est souvent le cas. Il y a une citation dont je ne me souviens plus le phrasé exact, mais pour paraphraser : Tu finis par obtenir ce que tu désires quand tu arrêtes de le désirer. Le désir crée souvent de l’auto-sabotage. Ça te ferait plus plaisir d’obtenir quelque chose quand tu le désires à fond, mais ça a plus de chances d’arriver quand tu t’en seras détaché. Le désir crée une élongation du temps perçu, qui te fait vouloir réussir plus vite, et donc être impatient. Quand tu te détaches des résultats, tu perds le « thrill » du désir, mais le temps (à avancer lentement mais sûrement) passe beaucoup plus vite. Tu accumules du travail et de l’entraînement sans t’en rendre compte. Tu ne comptes plus les efforts de la même manière que tu ne comptes plus les jours. Alors que quand tu désires tu es très conscient du travail et de l’entraînement que tu fais, et tu comptes les jours qui te restent avant l’arrivée estimée des résultats.

Comment est-ce que tu expliques que plus on désire plus on s’auto sabote d’un point de vue évolutif ? J’ai du mal à voir l’intérêt…

Le désir est plus à prendre comme un système d’urgence pour retrouver un équilibre. Quand tu es dans l’abondance tu n’es pas dans le désir. Si ton désir est fort c’est que tu es en manque. Si tu es en manque par définition la prochaine étape pour toi ce n’est pas la grande réussite (c’est un bond trop grand), la prochaine étape c’est juste de ne plus être en manque. Donc quand le désir devient une stratégie durable pour atteindre de grandes hauteurs, ça ne marche pas. Bien sûr ces dynamiques sont d’autant plus fortes au niveau social. Indifférence = haut statut social.
On en revient au cerveau par défaut, beaucoup de ses stratégies sont bonnes pour le court terme, mais mauvaises pour le long terme.

Cf l’attraction vers le fast-food. C’est de l’auto-sabotage à long terme, mais à court terme, et notamment dans une situation de manque, ça a vachement de sens.

Manger des légumes vert & co c’est bon pour le long terme mais ça demande un détachement du désir. C’est un peu pareil du coup.

Est-ce que ce n’est qu’une question de mesure (,de dosage) ? En fait la question sous-jacente c’est : si ce ne sont mes désirs, qu’est-ce qui me pousse à agir ?
Et il me semblait que les grands sportifs, grands artistes etc. étaient souvent dévoré par des désirs très intenses, ce n’est pas le cas ?

Par des passions intenses ouais mais pas forcément par des désirs. Je pense qu’au contraire les grands sportifs & co sont assez blasés vis-à-vis de ça. Le quidam lambda visualise gagner un championnat comme gagner le gros lot à la loterie. Pour un grand sportif c’est normal.

Est-ce que être compétitif =/= désirer ardemment gagner ?

Ça me fait penser récemment à l’UFC il y a eu un combat pour la ceinture entre Kamaru Usman (l’actuel champion) et Gilbert Burns (le contender). Gilbert Burns est arrivé en mode ultra violent sur le premier round, ça donnait vraiment l’impression qu’il allait pouvoir mettre Kamaru KO. Et du coup Gilbert Burns s’est vachement emballé il sentait la victoire venir. Mais Kamaru est resté calme et patient. Et la situation s’est lentement inversé. Gilbert Burns a commencé à être pris d’émotions négatives. Il a fini par se faire mettre KO et est tombé en larmes au centre de l’octogone. Alors que Kamaru était agenouillé calme derrière, comme si de rien n’était et que c’était dans l’ordre des choses.
Exemple typique de ce dont je parlais dans les vidéos sur le mental du champion
Gilbert Burns désirait beaucoup trop la victoire et ça l’a mené à sa perte

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Fascinant je regarderais
Mais du coup si Kamaru était indifférent à la victoire qu’est-ce qui le motivait à se battre ?

Je dirais pas qu’il était indifférent à la victoire, juste qu’il la désirait pas comme un truc dont il manque et qu’il doit obtenir. Et tu sens qu’il est motivé par l’art en lui-même car il a apporté beaucoup de nouveautés dans son game, alors qu’il avait pas spécialement d’intérêt à se réinventer

« Je dirais pas qu’il était indifférent à la victoire, juste qu’il la désirait pas comme un truc dont il manque et qu’il doit obtenir. »
En fait je crois que je ne vois pas comment on peut désirer un truc dont on ne manque pas. Est-ce que par dualité on n’en manque pas forcément dès lors qu’on le désire ? (Manger du nougat ne peut être bon que si ne pas en manger est mauvais. L’absence de bon est mauvais.)
En fait j’ai du mal à trouver des exemples dans mon expérience des choses que j’ai désiré sans ressentir le manque de ne pas les avoir

Oui je suis d’accord, pour ça que je disais que sa relation avec la victoire n’était pas du désir (ni de l’indifférence)

Mais donc tu appellerais ça comment ?
Et est-ce que tu as des exemples « banals » (pour que j’essaie de trouver dans mon expérience quelque chose qui s’en rapproche) de choses qu’on veut/fait mais qu’on ne désire pas ?
Est-ce que c’est l’amour du geste bien fait ? L’expression d’une valeur ?

S’il était indifférent à la victoire la perte ne lui aurait rien fait. Or c’est pas le cas (enfin j’imagine). La victoire est normale pour lui, ça ne lui fait ni chaud ni froid, mais perdre l’affecterait grandement je pense.
Et en même temps il ne se battait pas pour ne pas perdre.

Le désir implique un (espoir de) changement de situation en fait. Et non un maintien
C’est difficile de désirer un truc que tu as depuis longtemps.
Mais ça veut pas dire que tu t’en fous de le perdre

Par exemple un truc similaire : je m’en fiche des vues que font mes vidéos. Mais si mes vidéos sont bloquées et ne peuvent être vues, je ne m’en fiche pas.

En fait est-ce que ça revient à dire que tu te places dans l’état d’esprit dans lequel serait quelqu’un qui a eu de manière régulière 10M de vues sur ses vidéos et qui fait une vidéo qui relativement ne marche pas. À ce moment il fait en sorte d’avoir plus de vues mais arriver à 10M vues sur cette vidéo ne sera pas un exploit, simplement un retour (ineluctable ; c’est important je pense) à la norme ?
Est-ce que ça peut se résumer en : notre désir de retourner à la norme est plus sain que notre désir d’en sortir