Un langage remplit-il nécessairement les fonctions de communication et de compréhension?

Est-ce qu’un langage quel qu’il soit est aussi bien un moyen de communication que de compréhension ?

À froid j’aurais tendance à dire oui (vu ce que j’ai posté récemment juste ici). Tout dépend de ce qu’on considère être un langage.

J’ai une pensée sur ce sujet qui est très jeune et donc très basique mais j’aurais tendance à dire qu’un langage correspond à l’association de symboles avec un aspect du monde. Autrement dit un élément sensoriel est associé avec une intuition abstraite du monde (par exemple le symbole « => » renvoie dans mon esprit au concept abstrait d’implication ou le mot « voiture » renvoie à l’intuition abstraite que j’ai d’une voiture). Mais donc la particularité du langage c’est de « résumer » ou de « rattacher » une intuition à un élément sensoriel simple (un mot, une icône, un son etc.). En ce sens on peut avoir un langage qui ne sert pas à communiquer. Je peux décider de rattacher une intuition à une odeur par exemple (et « décider » est relatif, dans le sens où ça se fait de façon automatique. L’odeur d’essence évoque l’intuition « station essence » sans que je l’ai décidé). Si le langage c’est cette capacité à résumer une intuition « complexe » à un symbole « simple » est-ce que le langage permet de mieux « comprendre » ? Par exemple aurais-tu pu comprendre ce que tu as écris dans ton livre si tu n’avais pas toute la boîte à outils que constitue le français (et le langage de la programmation, des mathématiques, des schémas etc.) ? Est-ce que par exemple le fait d’avoir écrit ton second livre en anglais t’as permis de mieux comprendre tes concepts (vs si tu l’avais écris en français) ?
Et question qui peut-être aurait du venir avant : est-ce qu’on peut justement avoir une intuition abstraite qui ne soit pas relié à un élément symbolique (autrement dit est-ce qu’on peut réellement percevoir ou penser en dehors des langages qu’on maîtrise ?) ?

Je pense notamment aux peintres qui perçoivent (à ce qu’on dit, ce n’est pas mon cas) un gradient de couleur bien supérieur à la moyenne des gens. C’est à dire que sur un même fondu de bleu ils pourront délimiter beaucoup plus de nuances que des gens lambdas. Est-ce qu’ils pourraient faire ça s’il n’avait pas tout le vocabulaire qui vient avec (bleu azur, azurin, saphir, outremer etc.) ?

Ouais et d’ailleurs la perception est narrative et donc symbolique. Autrement dit la perception existentielle est déjà un proto-langage pour simplifier la complexité de la réalité (et donc comprendre la réalité avec nos capacités limitées). La prospection et la rétrospection = l’usage de ce proto-langage.

Je mets proto car on ne peut pas vraiment définir une variante de notre perception existentielle. Contrairement aux langages classiques. Même si il ne faut pas se méprendre : les « langues » partagent les contraintes du langage (« le mécanisme mental »). D’où la grammaire universelle de Noam Chomsky par exemple.

Ouais et d’ailleurs la perception est narrative et donc symbolique. Autrement dit la perception existentielle est déjà un proto-langage pour simplifier la complexité de la réalité (et donc comprendre la réalité avec nos capacités limitées). La prospection et la rétrospection = l’usage de ce proto-langage.

@Bertrand Ton épisode sur la matrice et le langage du monde m’avait effectivement fait un gros mind fuck, je n’y ai pas pensé mais il faut que je le relise du coup vis à vis de ma question

C’est pour ça que la position de Delavier manque trop de nuances pour moi. Il parle limite plus des langues que du langage.

Lien de l’article sur la matrice et le langage du monde : La réalité : une langue maternelle insoupçonnée | Vidéos de Développement Personnel - Fondation MAGister

Je mets proto car on ne peut pas vraiment définir une variante de notre perception existentielle. Contrairement aux langages classiques. Même si il ne faut pas se méprendre : les « langues » partagent les contraintes du langage (« le mécanisme mental »). D’où la grammaire universelle de Noam Chomsky par exemple.

@Bertrand Est-ce qu’on peut dire qu’en quelque sorte c’est le premier langage, c’est à dire le langage de tous les langages où le symbole de l’intuition « bleu », bah, c’est la couleur bleu ?

Et question qui peut-être aurait du venir avant : est-ce qu’on peut justement avoir une intuition abstraite qui ne soit pas relié à un élément symbolique (autrement dit est-ce qu’on peut réellement percevoir ou penser en dehors des langages qu’on maîtrise ?) ?

@DocDoc Est-ce que tu penses que c’est possible ? Est-ce que par exemple je peux entendre et comprendre précisément une musique sans avoir un langage associé ? (ne serais-ce que des schémas, des mouvements) Est-ce qu’on peut comprendre un geste physique dans toute sa précision si on en a pas une forme de « décomposition symbolisée ». Autrement dit une décomposition auquel on peut accéder par le biais de symboles, même très simples ?

Une intuition abstraite est liée à la perception, et donc au langage de la perception. Est-ce qu’on peut la comprendre sans mot supplémentaire ? Bien sûr.
Les langues (verbales, signes), c’est juste une traduction en un autre format.

Une intuition abstraite est liée à la perception, et donc au langage de la perception. Est-ce qu’on peut la comprendre sans mot supplémentaire ? Bien sûr.

@Bertrand Sans mot oui mais sans symbole ?

Sans symbole perceptif ?

Qu’est-ce que tu entends par symbole perceptif ?
(j’ai peur de ne pas être sûr moi même de ce que j’entends par symbole)

un élément du langage de la perception

Pour moi symbole = élément sensoriel simple
auquel est rattaché une intuition

pour moi un symbole = quelque chose qui représente quelque chose de manière simplifiée
l’ego par exemple
est un symbole
notre réalité interne toute entière est symbolique

est-ce que j’aurais pu penser à l’ego sans avoir jamais rencontré le mot ?

notre réalité interne toute entière est symbolique

@Bertrand Dans le sens où on ne vit/perçoit que des symboles ?

oui, l’ego précise et contraint simplement l’intuition
« Nous avons le sentiment profond et clair d’exister. Nous avons également le sentiment profond et clair d’avoir existé dans le passé, et que nous allons continuer d’exister dans le futur, jusqu’à la mort. Cela nous semble évident, comme une propriété fondamentale de la vie. Et pourtant nous sommes probablement la seule espèce vivante à avoir une telle « vie intérieure » et vraiment pouvoir conceptualiser notre existence à travers le temps. Comme disait Jean-Paul Sartre : « L’homme est d’abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l’avenir. L’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement ». Et ainsi donc, le cerveau de l’organisme humain crée l’être humain, une représentation simplifiée de lui-même. Comme abordé dans l’explication sur l’encapsulation, cet être humain est un avatar qui vit dans une représentation simplifiée du monde, une sorte de réalité symbolique et virtuelle qui, crucialement, est profondément connectée et superposée aux différents plans de réalités complexes et concrets dans lesquels vit l’organisme, sans quoi elle n’aurait aucune utilité (même si cette réalité symbolique peut se mouvoir de manière libre et déconnectée : pendant les rêves, pendant l’imagination, le vagabondage de pensée, etc). »
Tout ce qui se passe dans le plan de réalité simplifié de l’être humain (la représentation symbolique) a des conséquences directes sur tous les plans de réalité (physique, chimique, cellulaire, …) de l’organisme associé (l’entité concrète et hypercomplexe). Crucialement, cette réalité symbolique simplifiée permet à l’organisme, à travers son avatar, d’être mentalement ancré sur un futur particulier que son esprit a imaginé et « designé » (Osman, 2014). Un futur qu’il pense qu’il peut atteindre en contrôlant suffisamment son existence dans ce monde et que l’on peut considérer comme un but (voir partie 3). Cet ancrage mental du futur, lui permet de réduire l’incertitude de son histoire en la prédéterminant à l’avance. Et toute cette « vie intérieure » et ses répercussions sur le monde extérieur reposent sur le caractère encapsulé, représentatif, symbolique, narratif et scalable de notre système perceptif. Cela ne pourrait absolument pas avoir lieu si notre organisme se concevait comme un ensemble de neurones et/ou s’il concevait le monde comme un ensemble d’atomes, par exemple. Ce serait trop complexe de mettre en mouvement une telle représentation si riche et d’identifier les relations pertinentes, cela ne se prêterait pas à l’agentivité et à la vie intérieure.

Le mot (ou le symbole par extension) précise et contraint et permet de manipuler l’intuition. Sans les symboles nos intuitions progressent difficilement. Ou bien est-ce que c’est presque indépendant ?